Gilles de Rais
Gilles de Rais, baron de Retz, voit le jour dans l'ombre du château de Champtocé, probablement au début des années 1400, et s'éteint à Nantes le 26 octobre 1440. Chevalier émérite et seigneur d'une vaste étendue de terres en Bretagne, Anjou, Poitou, Maine et Angoumois, il se distingue comme un chef de guerre durant la tumultueuse guerre de Cent Ans. Son nom résonne aujourd'hui avec une ambivalence troublante : héros aux côtés de Jeanne d'Arc, il est également tristement célèbre pour avoir été condamné pour des crimes odieux.
Issu d'une lignée noble influente, Gilles se rallie à Charles VII et se bat vaillamment contre les Anglais. Son alliance avec son cousin Georges de La Trémoille, grand chambellan, renforce sa position dans les cercles du pouvoir. En compagnie de Jeanne d'Arc, il joue un rôle clé dans la levée du siège d'Orléans et est élevé au rang de maréchal de France le 17 juillet 1429, jour mémorable du sacre royal à Reims. Toutefois, la mort de son grand-père en 1432 et la disgrâce de son cousin en 1433 amorcent un lent désengagement de Gilles vis-à-vis des conflits militaires. Accusé par sa propre famille de dilapider son héritage à cause de ses dépenses extravagantes, il est mis sous interdit par Charles VII en 1435.
La situation de Gilles se détériore davantage en mai 1440 lorsqu'il commet un acte répréhensible dans l'église de Saint-Étienne-de-Mer-Morte, défiant les lois ecclésiastiques et l'autorité du duc Jean V de Bretagne. Arrêté en septembre 1440 dans son château de Machecoul, il est traduit devant la justice ducale et ecclésiastique. Le procès qui s'ensuit le condamne pour hérésie, sodomie et meurtres d'un nombre effroyable d'enfants. Le 26 octobre 1440, il monte à l'échafaud aux côtés de deux de ses serviteurs, tous trois reconnus coupables.
L'ombre de Gilles de Rais plane sur le folklore, inspirant des récits comme celui de La Barbe bleue de Charles Perrault, bien que cette connexion soit sujette à débat. Au XIXe siècle, son histoire est souvent amalgamée avec celle du personnage légendaire, tandis que des interprétations modernes le rapprochent des tueurs en série. Jacques Chiffoleau décrit Gilles comme une figure incarnant une perversion intemporelle, éloignée des accusations médiévales.
Au XXe siècle, quelques voix s'élèvent pour défendre son innocence, parmi lesquelles celle de l'archéologue Salomon Reinach. Cependant, ces tentatives de réhabilitation proviennent souvent d'amateurs d'histoire. En 1992, Gilbert Prouteau initie une « révision » non officielle des procès de 1440, arguant d'une machination orchestrée par le duc de Bretagne pour s'approprier les biens de Gilles. Cette thèse complotiste est vivement critiquée par des historiens qui soulignent la nécessité d'analyser les documents historiques avec un regard critique.
Malgré ces controverses, la majorité des chercheurs ne contestent pas la culpabilité de Gilles de Rais. Tout en reconnaissant les témoignages troublants relatifs aux disparitions d'enfants et aux rituels meurtriers évoqués lors du procès, certains historiens insistent sur l'importance de contextualiser ces événements pour mieux comprendre la rumeur et la réputation qui entourent cette figure tragique et complexe du Moyen Âge.