Jacques Derrida
Jacques Derrida, figure emblématique de la pensée contemporaine, a laissé une empreinte indélébile dans le paysage intellectuel avant de s'éteindre le 9 octobre 2004 à Paris. Professeur à l'École normale supérieure de 1965 à 1984, il a ensuite pris les rênes de la direction d'études à l'École des hautes études en sciences sociales. C'est au sein de ces institutions qu'il a forgé et popularisé le déconstructionnisme, une école de pensée novatrice qui remet en question les fondements mêmes des sciences humaines.
À l'instar de son prédécesseur Heidegger, Derrida s'attaque aux dogmes de la phénoménologie et de la métaphysique traditionnelle, proposant une vision audacieuse et renouvelée. Son ouvrage phare, *De la grammatologie* (1967), illustre parfaitement sa démarche critique envers la linguistique, qu'il considère comme un pilier trop dominant dans le champ des sciences humaines. Il y expose une contradiction fondamentale : la langue, souvent perçue comme une simple transcription de la parole orale, se révèle en réalité plus complexe. Derrida soutient que si l'origine de la langue écrite découle de la parole vivante, cette dernière est paradoxalement façonnée par l'écrit lui-même.
Cette exploration des origines, initialement centrée sur la dualité entre parole et écriture, s'étend rapidement à d'autres domaines. Derrida scrute les structures textuelles, interroge les fondements d'idéologies, aborde des questions éthiques comme l'euthanasie, et explore les tensions entre accueil et hostilité. Son travail invite à repenser les normes établies et à envisager le monde sous un jour nouveau, faisant de lui l'un des penseurs les plus influents de son temps.