Bernardo Bertolucci, né le 16 mars 1941 à Casarola et décédé le 26 novembre 2018 à Rome, est un maître du cinéma italien dont l'œuvre a profondément marqué l'histoire du septième art. Dès l'âge de 15 ans, il fait ses premiers pas derrière la caméra avec deux courts métrages muets, La teleferica et La morte del maiale, tous deux réalisés en 1956. Après un passage à Rome et une brève incursion à Paris, il devient assistant réalisateur sur Accattone (1961) de
Pier Paolo Pasolini, un film qu'il citera parmi ses préférés jusqu'en 2011.
C'est grâce à Tonino Cervi qu'il réalise son premier long métrage, Les Recrues (1962), une enquête sombre dans les ruelles de Rome. Son deuxième film, Prima della rivoluzione (1964), s'inspire de la
Nouvelle Vague et explore la lutte intérieure de jeunes issus de la bourgeoisie face à leurs idéaux marxistes. Au fil des années, Bertolucci s'affirme comme un cinéaste engagé, abordant des sujets tabous tels que l'homosexualité et l'inceste, tout en s'entourant du talentueux directeur de la photographie Vittorio Storaro.
En 1970, il abandonne le cinéma d'avant-garde avec Le Conformiste, une adaptation d'Alberto Moravia qui scrute le passé fasciste de l'Italie. Son chef-d'œuvre suivant, Le Dernier Tango à Paris (1972), avec Marlon Brando, aborde la douleur existentielle d'un homme face aux contraintes de la société. Ce film controversé, notamment à cause de sa célèbre scène de sodomie, suscite des débats passionnés.
La fresque historique 1900 (1976) dépeint un demi-siècle d'histoire italienne à travers le destin de deux garçons nés le même jour, tandis que La luna (1979) et La Tragédie d'un homme ridicule (1981) explorent les thèmes de l'inceste et de la comédie noire. Avec Le Dernier Empereur (1987), Bertolucci entre dans l'histoire en devenant le premier réalisateur italien à remporter l'Oscar du meilleur réalisateur.
Sa "Trilogie orientale" se poursuit avec Un thé au Sahara (1990) et Little Buddha (1993), avant que Beauté volée (1996) ne lui vaille une nouvelle nomination à la Palme d'or. Après un drame intimiste tourné entre le Kenya et Rome, Shanduraï (1998), il signe deux derniers longs métrages au XXIe siècle centrés sur la nostalgie et la quête d'identité : Innocents (2003), inspiré des Enfants terribles de Cocteau, et Moi et toi (2012), où un adolescent et sa demi-sœur découvrent les secrets familiaux. L'héritage cinématographique de Bertolucci demeure inestimable, témoignant d'une exploration audacieuse des complexités humaines.